Archives de catégorie : Chroniques de l’escouade

La grand’messe de l’innovation

En quatre décennies, le Consumers Electronic Show (CES) est devenu la grand’messe des technologies émergentes et des innovations dans l’électronique grand public. Présenté à Las Vegas depuis 1978, le salon ouvre l’année et présente à quelque 160 000 visiteurs les nouveaux produits de ses 3600 exposants, qu’ils soient au stade du prototype ou sur le point d’envahir les commerces de détail.

C’est là que le monde a pu voir pour la première fois un magnétoscope (VCR) à vidéocassette en 1970, le disque compact interactif en 1991, le DVD en 1996, la télévision en haute définition en 1998 et au plasma en 2001 (maintenant en voie d’extinction), et l’Ultra HD en 2013.

Difficile de passer outre à cet événement attendu dont l’impact est considérable à toutes les étapes de la chaîne de production audiovisuelle. Le problème, c’est que les différents maillons de la chaîne en sont à des niveaux différents de développement et l’introduction de nouveaux standards crée des incompatibilités qui rendent difficile, voire impossible, la commercialisation de certains produits. L’introduction des téléviseurs 4K par exemple, alors que les consommateurs viennent tout juste de se départir de leurs écrans cathodiques pour passer en haute définition, représente un défi commercial de taille, d’autant plus qu’à l’autre bout du spectre de production, on tarde à s’équiper de caméras pouvant produire des contenus compatibles.

Mais peu importe, il y aura toujours de acheteurs précoces prêts à payer le prix pour avoir le gadget dernier cri, et des développeurs avant-gardistes pour pousser l’audace un peu plus loin.

Ce qui fait jaser le plus depuis l’ouverture du salon est sans contredit les dispositifs de réalité virtuelle qui attirent l’attention des  médias, surtout depuis l’achat d’Oculus Rift par Facebook. Les grandes multinationales emboîtent le pas, Samsung avec son Gear VR, Sony avec le projet Morpheus qui aboutira sur la PS4, Microsoft et sa XBox VR, Google et son Cardboard, ou encore le spécialiste des accessoires de jeu vidéo Razer et son Open Source VR. Question de ne pas être en reste lorsque la sauce prendra…

Il va sans dire que l’écran le plus sollicité par ce genre de technologie s’adresse avant tout aux amateurs de jeux vidéo, qui sont très sensibles à l’interactivité et au côté immersif que procure l’environnement virtuel. Mais de nouvelles avenues sont explorées en réalités virtuelle et augmentée. Les Studios Félix et Paul ont déjà produit de superbes expériences de réalité virtuelle comme Strangers with Patrick Watson et Zarkana du Cirque du Soleil, qui ont obtenu des critiques élogieuses dans les plus grands médias. L’agence Merchlar, fondée à Montréal et établie à Paris et New York, crée des campagnes interactives qui utilisent habilement les techniques de la réalité augmentée.

Il ne faut pas se laisser subjuguer par la technologie, mais plutôt l’apprivoiser et en faire un outil de création. L’innovation de rupture, à l’origine de nouveaux marchés, rappelons-le, offre des opportunités de développement extraordinaires.

Si les ressources ne sont pas disponibles à l’interne, il existe toujours la possibilité d’établir des partenariats ou une coentreprise. Une aventure qui peut s’avérer très rentable. Parlez-en à Palmer Luckey, l’inventeur de l’Oculus Rift!

A G Cote

André G. Côté, membre de l’Escouade Évolumédia

 

La télévision linéaire survivra à 2015, mais…

Bien que l’Américain moyen consomme 12 minutes de moins de télévision linéaire par jour que l’an dernier, passe 23 minutes de plus sur son téléphone intelligent et accorde 62% plus de temps au visionnement de vidéo en continu selon Nielsen, la télé en direct demeure la source première de divertissement vidéo. Mais ces données confirment cependant que les habitudes changent rapidement, surtout chez les jeunes adultes.

Le téléviseur a longtemps été un compagnon fidèle. Allumé en permanence dans de nombreux foyers, à l’instar de la radio qui joue le même rôle, il crée une présence et une animation tout au long de la journée. On s’y arrête pour regarder un bout d’émission et on retourne vaquer à ses occupations. Rempart pour certains contre la solitude, il se nourrit de l’actualité politique et des faits divers, des rencontres sportives et de la couverture d’événements, pour la plupart en direct. Car c’est là sa grande force, être présent là où ça se passe.

Mais voilà que la jeune génération, celle qui vit connectée en permanence grâce aux appareils mobiles, commence à influencer significativement les courbes d’écoute de la télévision linéaire.  Une tranche très significative de 60% d’auditeurs âgés de 18 à 24 ans écoule désormais ses heures de loisir ou de disponibilité sur d’autres écrans selon Parks Associates .

Lorsqu’un téléspectateur a goûté au visionnement en rafale, il comprend de moins en moins pourquoi il devrait s’astreindre semaine après semaine à un horaire strict, qu’il ne peut respecter la plupart du temps, et manquer la moitié des épisodes de son émission préférée. Il y a les enregistreurs numériques , bien sûr, mais la moyenne quotidienne d’utilisation stagne autour de 30 minutes.

Qu’est-ce qui différencie YouTube de la télé linéaire? Les liens entre les segments, sûrement, l’ambiance de la chaîne, les animateurs/trices, le star système qu’on y créée, les émissions d’actualité, les nouvelles, la couverture d’événements sportifs et culturels? Les chaînes spécialisées qui ne font pas dans le sport ou l’événementiel devront-elles se réinventer? En fait, en quoi se différencient-elles  des réseaux multi-chaînes que l’on peut synthoniser à loisir au moment de son choix?

Les grands réseaux américains ont compris que pour garder ou faire revenir le téléspectateur dans le salon familial, il faut le faire participer à des événements d’exception qui se produisent en direct, tels que la comédie musicale The Sound of Music sur NBC, qui avait conquis en 2013 plus de  22 millions de téléspectateurs. On a récidivé avec Peter Pan Live, et Fox prévoit refaire un Grease en 2015.

On revient en quelque sorte en 1955, où Peter Pan était joué en direct par Mary Martin, et le Capitaine Hook par Cyril Ritchard. L’audience: 65 millions!

André G. Côté, Membre de l’Escouade Évolumédia

L’innovation de rupture

Le monde de l’audiovisuel est par définition un lieu de création et d’innovation. Nos écrans diffusent des oeuvres remarquables, inspirées, et d’une grande qualité technique utilisant les dernières avancées technologiques. Leurs succès dans les grands festivals et dans les cotes d’écoute de nos réseaux de télévision témoignent de leur popularité incontestable et de la faveur que le public leur accorde.

Il existe cependant en parallèle un changement de paradigme dans la façon de consommer ces produits qui crée déjà des remous et qui amènera des ruptures à différents stades de la chaîne de valeur de l’industrie.

On assiste en effet à une accélération du processus de distribution qui ne fait que répondre à un désir grandissant de liberté de choix dans la consommation des produits audiovisuels. Certaines entreprises de production ou de distribution, étroitement associées à un modèle d’affaire en voie d’obsolescence, risquent fort d’en subir les contrecoups.

Nous vivons actuellement dans une époque propice à l’innovation de rupture, conditionnée en cela par les avancées technologiques en matière de mobilité, de compression numérique et d’internationalisation des auditoires.

Le i-Phone, le café Nespresso, les services Uber et Airbnb sont des exemples d’innovation de rupture dans différents secteurs d’activité. Dans chacun des cas, ces entreprises ont créé un nouveau marché dans lequel ils ont pu déterminer leur propre modèle d’affaires et imposer leur structure de prix.

Créer un nouveau marché, un “océan bleu” selon la théorie de Kim et Mauborgne, en étant le premier conquérant, offre une position de dominance jusqu’à ce que d’autres compétiteurs s’y aventurent.

Ici Twitch

Un exemple fascinant d’innovation de rupture est celui de Twitch, cette plateforme de visionnement en continu dédiée au jeu vidéo et au E-Sport, où se déroulent des tournois internationaux dont la valeur des bourses dépasse maintenant les 10 millions de dollars.

À l’origine, le site Justin.tv, nommé d’après son fondateur Justin Kan, se voulait un moyen d’utiliser les webcams pour diffuser en direct sur Internet le quotidien des individus, une forme de télé-réalité sans intermédiaire. Plutôt ennuyeux dans l’ensemble, on remarqua cependant que dans la catégorie des jeux vidéos, plusieurs joueurs se sont mis à commenter leurs parties tout en les diffusant. La popularité fut telle qu’on développa un nouveau site dédié uniquement au jeu, tant et si bien qu’en avril 2014, Twitch représentait 43,4% de tout le trafic Internet diffusé en direct aux États-Unis!

Coup de théâtre à l’été 2014, Amazon achète Twitch pour la jolie somme de 970 millions de dollars!

Instaurer les conditions favorables

L’émergence du numérique est à l’origine d’une multitude de changements qui se produisent en cascade, les uns bénéficiant de façon incrémentale de l’avancée réalisée par les autres.

Toute entreprise, grande ou petite, mérite de se questionner, de se remettre en cause, de rechercher où se situent les points de rupture engendrés par le numérique dans l’organisation, et dans son environnement externe. Il ne s’agit pas d’une recherche scientifique par des spécialistes de l’informatique et des technologies de l’information, mais plutôt d’une démarche qui consiste à s’interroger sur la manière de mettre en place les conditions favorables à l’apparition d’une culture qui valorise la collaboration et l’échange. La multiplication des interactions, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise, créent des occasions d’innovation surprenantes.

Le Cefrio, qui se  spécialise depuis de nombreuses années dans les processus d’innovation, vient tout juste de lancer l’Autodiagnostic de l’innovation par le numérique, qui est destiné aux dirigeants d’entreprises et d’organisations désireux de procéder à une auto-évaluation de leur situation en matière d’innovation, et se comparer aux autres organisations du même secteur d’activités ou de même taille.

Un exercice instructif qui met en lumière les différents aspects méthodologiques associés à la mécanique de l’innovation.

Ensuite, il faut oser, et faire preuve d’opportunisme!

L’attrait irrésistible du chocolat

Il est fort probable que si j’ai un fort penchant pour la mousse et le gâteau au chocolat, mes papilles auront aussi une affinité pour les brownies et les Chips Ahoy! On n’y peut rien. Le cerveau est ainsi fait que les émotions ou sensations fortes associées à certains événements peuvent s’y incruster de manière irréversible et inoubliable. Le souvenir peut être agréable, voire euphorique, ou déplaisant et provoquer des réactions inattendues. On appelle ce phénomène la mémoire affective.

Netflix a très bien compris cette mécanique et a mis au point des algorithmes d’une efficacité redoutable, non seulement pour suggérer des titres de films et de séries télévisées à ses abonnés, mais pour définir avant même leur création la trame dramatique des productions à venir. Et le succès est au rendez-vous.

Continuer la lecture de L’attrait irrésistible du chocolat

Projections privées

Le Président des États-Unis Barack Obama vient de décréter que l’accès Internet haute vitesse est une «commodité», appuyant de facto le concept de la neutralité d’Internet. Cela signifie qu’il ne serait plus possible, comme la tendance commençait à s’installer, pour les entreprises de télécommunication, d’acheter de la bande passante pour privilégier les diffuseurs de contenu en flux continu qui sont de grands consommateurs de gigabits.Tout comme l’accès à l’eau potable ou à l’électricité, les services publics ne peuvent pas diminuer le débit de l’aqueduc ou le courant du réseau électrique pour favoriser une clientèle au détriment d’une autre.

Lors du Congrès de l’association nationale des diffuseurs (NAB) en début d’année, le président de la FCC (Federal Communication Commission), Tom Wheeler, invitait les détenteurs de licences à développer leur offre en flux continu, selon le modèle «à la carte». C’est une bonne nouvelle pour CBS, HBO et Lionsgate, qui ont choisi de faire migrer leurs contenus vers le flux continu à compter de 2015. Le phénomène se généralise devant la multiplication d’études convaincantes sur les nouvelles habitudes des consommateurs, qui désirent visionner leurs films, séries télévisées ou autres vidéos au moment de leur choix.

Le même phénomène est en train de se produire au Canada, avec l’arrivée de la plateforme Shomi de Shaw et Rogers, du service de visionnement Latte de Bell et de la mise à niveau du service Club Illico  chez Vidéotron.

Le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, affirmait récemment, suite aux consultations tenues dans le cadre de Parlons Télé, qu’il n’était pas question pour Netflix de se voir imposer en terre canadienne la même réglementation qui régit tous les câblodistributeurs, à savoir le respect d’un seuil de contenu canadien et la contribution aux divers fonds de production. En sera-t-il de même pour les diffuseurs canadiens qui se seront convertis à la télé par contournement?

Cela nous mène en bout de ligne à l’inévitable question: qu’arrivera-t-il des bouquets? Comment les chaînes les moins populaires survivront-elles hors du financement regroupé? Chose certaine, la concurrence risque d’augmenter considérablement, et les représentations se feront plus insistantes dès l’an prochain.

Le système audiovisuel canadien et sa réglementation sont le fruit d’un demi-siècle de modifications et d’ajustements pour parvenir à un équilibre qu’il sera difficile de réformer en un tournemain. Il y aura rupture, comme dans tous les autres domaines de l’activité humaine confrontés à la transformation numérique et aux développements technologiques. Les acteurs du milieu devront profiter des opportunités ainsi créées pour revoir leurs modèles, consolider leurs positions et leurs domaines d’activité stratégiques, entrevoir des partenariats novateurs, voire même des fusions.

A G Cote

André G. Côté, membre de l’Escouade Évolumédia