SVOD et OTT, est-ce que le Québec pourra suivre le rythme?

Alors que Vidéotron dévoilait, le 28 octobre, l’offre de contenu 2015-2016 pour son service de vidéo sur demande par abonnement, Club illico, il est intéressant de voir comment ce genre de services s’apprête à exploser chez nos voisins du sud au cours des prochaines années.

Selon une étude récente du cabinet MTM de Londres, commanditée par les firmes Ooyala et Vindicia, les revenus des services de contournement (Over The Top – OTT), incluant les abonnements à des services de vidéo sur demande (SVSD) en ligne, devraient osciller entre 8 et 12 G US$ en 2018, comparativement à 4 G US$, en 2014. On parle donc du double, sinon du triple du niveau actuel.

Évidemment, une telle croissance témoigne de changements plutôt radicaux dans les habitudes de consommation des contenus audiovisuels. Toutefois, cette étude réalisée auprès d’une cinquantaine de dirigeants du secteur des industries des technologies, des médias et du divertissement, confirme que ce marché est dominé de façon outrageuse par Netflix. Un joueur qui accapare actuellement 85 % des revenus totaux des services OTT aux ÉU. La seule consolation est que la part de ce géant devrait diminuer aux alentours des 50 %, d’ici trois ans, au fur et à mesure que d’autres fournisseurs réussiront à s’imposer.

Reste que pour se faire une place au soleil dans ce marché, il faudra que les prétendants aient beaucoup de moyens financiers pour pouvoir avoir accès à de gros volumes de contenus, exclusifs autant que possible. Autrement, l’espoir réside sur les services s’adressant à une base de clientèles «fanatiques» de contenus très nichés. On pense aux sports, au contenu jeunesse, à l’animation, aux offres à connotation ethnique (coréen ou espagnol), ou encore, aux propositions reposant essentiellement sur de fortes personnalités publiques (politiciens, comédiens, sportifs, etc.).

Selon les auteurs de l’étude, il faut également s’attendre à des alliances entre les fournisseurs de télé payante, offerte par câble, satellite ou IPTV, et les services OTT les plus populaires. Une façon pour les uns d’élargir leur base d’abonnés et pour les autres de freiner les phénomènes du «cord cutting» ou «cord never». Des rapprochements qui pourraient notamment se manifester par des combinaisons d’offres spécialisées (science, fiction, animation, etc.) qui seront disponibles à la carte, à travers les boutiques accessibles par décodeurs.

Donc pas étonnant que chez nous, Vidéotron pousse ses collaborations avec ses compagnies sœurs, telles que Quebecor Contenu, et autres studios de la planète pour offrir des contenus exclusifs ou originaux, disponibles autant sur le câble, le web ou les tablettes. Il faudra voir cependant, si dans quelques années, celui qui s’identifie comme le «Netflix québécois» aura réussi à imposer suffisamment son caractère local et distinctif face au véritable Netflix et autres services SVOD internationaux…

Sources : Vindicia, Vidéotron

Un cocktail d’initiatives pour contrer Netflix, dont Molotov TV

Alors que YouTube vient d’annoncer la création d’un service par abonnement et sans publicité, YouTube Red qui sera disponible le 28 octobre aux États-Unis au même prix que Netflix à 9,99 US$, les Français préparent le lancement de Molotov TV, un service regroupant la presque totalité des chaînes télévisuels de France. Une autre initiative de diffusion en ligne s’ajoutant à une longue liste : Crave, shomi ou illico club au Canada et Hulu, HBO, Amazon, Vimeo, Apple TV et autres ailleurs dans le monde.

Entre YouTube Red et Molotov TV, il s’agit cependant de deux approches de contenus bien différentes. Du côté de YouTube, on veut notamment offrir des nouveautés et des contenus originaux provenant en bonne partie des créateurs vedettes de la plateforme de partage. On parle notamment d’une série avec le célèbre YouTuber PewDiePie (Felix Kjellberg), proposé par les créateurs de The Walking Dead, ou encore, du film Lazer Team, concocté par Rooster Teeth et Fullscreen.

Pour Molotov TV, dont les premières manifestations en ligne devraient se faire d’ici la fin 2015, on respecte ce qu’est foncièrement l’écosystème de la télévision. En fait, ce nouveau service, mis sur pied notamment par le créateur d’AlloCiné, Jean David Blanc, et le fondateur de Canal+, Pierre Lescure, propose ni plus ni moins un «tout nouveau modèle d’accès aux programmes et aux chaînes». Concernant celles-ci, il devient plus simple de nommer celle qui n’y est pas encore (ironiquement Canal+) que toutes les autres (près de 80) qui sont partantes pour cette nouvelle aventure : TF1, M6, France Télévisions, Arte, BFM TV, Lagardère, OCS, BeIn Sports, etc.

Les promoteurs de ce nouveau service de contournement (OTT), ont déjà levé 10 M € pour satisfaire leurs ambitions et comptent en amasser dix fois plus pour une expansion à l’international. Décrit comme le Spotify de la télévision, Molotov permettra de voir en continu (streaming) les émissions de télé de ses partenaires en offrant aux utilisateurs, principalement les jeunes générations, des fonctionnalités basées sur des critères personnalisés (acteurs, genres, titres de séries, recommandations d’amis, etc.).

Pour l’instant, il n’y encore peu d’informations qui ont filtré sur le modèle d’affaires proposé aux partenaires et sur le prix demandé aux consommateurs. Selon certaines sources, une commission serait prélevée sur les abonnements aux chaînes payantes, tout en permettant un visionnement libre pour les chaînes gratuites. Quant au coût de l’abonnement, ça demeure un secret bien gardé. Reste qu’il s’agira d’un autre service qu’il faudra payer à la pièce pour obtenir une partie des contenus que l’on désire voir. À ce compte, à coup de 10 $ par ci et 10 $ par là, on finira peut-être par s’ennuyer des bouquets à 50 $ offerts par les câblos et les satellitaires…

Sources : Stream Daily, Les Affaires, BFM TV, Molotov, Variety

Les nouveaux joueurs de plus en plus intégrés dans l’écosystème de la télé

Avec une présence remarquée lors des nombreuses conférences du Mipcom 2015, il devient évident que les nouveaux joueurs en contenus-médias (les OTT, MCN, plateformes de partage vidéo et autres) intègrent de plus en plus l’écosystème de la télévision. Entre le 5 et le 8 octobre dernier, on a donc vu défiler, pour une première présence au Mipcom dans le cas de plusieurs, les représentants de Facebook, Twitter, AOL, Hulu, Vimeo, Fullscreen, Broadband TV, Finder et autres.

Nicola Mendelsohn, vice-présidente EMEA (Europe, Moyen-Orient et Asie) chez Facebook, a souligné d’entrée de jeu que la vidéo devient omniprésente et qu’elle représentera pas moins de 80 % du trafic des données sur Internet en 2019. Et ce, dans un monde de plus en plus mobile qui, en moins de cinq ans, atteint maintenant plus d’un milliard de personnes. Ce qui expliquerait notamment que 75% des 4 milliards de visionnements de vidéos par jour sur Facebook se font sur un appareil mobile.

En plus de nous rappeler l’arrivée de la vidéo en 360° sur Facebook, avec un exemple tiré de l’univers de Star War, Mme Mendelsohn a mis l’accent sur le développement de Video Gallery. Un système permettant aux producteurs, avec l’outil de l’entreprise Telescope, d’amalgamer diverses vidéos et de potentiellement partager les revenus issus de la diffusion. D’ailleurs dans ce cas-ci, du côté de Facebook, on préfère parler de « feed » plutôt que de chaînes, comme dans le cas de YouTube.

Du côté justement de YouTube, le réseau multi chaînes (MCN) Fullscreen, avec ses 600 millions d’abonnés et ses 5 milliards de vues par mois, est devenu un joueur incontournable dans la production et la distribution de vidéos, le contenu de marque, la gestion de talents et, depuis peu, la vidéo sur demande par abonnement (SVOD). Son président et fondateur, George Strompolos, nous a entre autres présenté quelques vedettes du réseau dont l’équipe de Rooster Teeth qui a levé près de 2,5 M US$ (sur un budget de plus de 3 M US$) en sociofinancement pour le film Lazer Team qui sera, dans les mois qui viennent, distribué simultanément en ligne et en salle. C’est d’ailleurs avec Rooster Teeth, qui depuis 2006 a fait le plein de plus de 8 millions d’abonnés sur YouTube, que Fullscreen lancera sous peu son service d’abonnement payant (à 5 US$ par mois).

Sources : Mipcom (conférence Mendelsohn), Mipcom (conférence Strompolos), Variety, Telescope

La réalité virtuelle d’Oculus sous le sapin à Noël

Si on en croit les bonzes d’Oculus et certains de leurs partenaires de prestige, tout porte à croire que la réalité virtuelle va s’inviter à grand volume sous le sapin pour le prochain Noël. C’est en tout cas ce qui se dégage de la 2e édition de la conférence Oculus Connect qui vient de se tenir, du 23 au 25 septembre, à Hollywood en Californie.

Exercice bien orchestré de relations publiques par moment, cette grande messe devant des milliers de développeurs, créateurs et ingénieurs de partout dans le monde a été la tribune de nombreuses annonces. Avec Brendan Iribe, CEO d’Oculus, comme maître de cérémonie, et un petit mot bien senti de Mark Zuckerberg, CEO de Facebook et propriétaire d’Oculus, on a eu droit notamment au lancement du nouveau Samsung Gear VR. Fonctionnant avec certains téléphones intelligents de Samsung, ce casque est maintenant plus léger, en termes de poids et de prix (99 US$), et sera disponible en magasin en novembre. Juste à temps pour la Thanks Giving chez nos voisins du sud.

Autre moment fort de l’événement est la confirmation de l’arrivée prochaine sur le marché grand public (au premier trimestre de 2016) du casque Oculus Rift. Palmer Luckey, fondateur d’Oculus, précisait dans une entrevue en marge de Connect que l’on peut s’attendre à une valeur de plus de 350 US$ pour un tel objet. Ce dernier justifie un tel coût sur la base que pour beaucoup ce sera le premier contact avec la réalité virtuelle et qu’il ne peut y avoir, dans les circonstances, de compromis sur la qualité de l’expérience.

Ont également été dévoilées, lors de la conférence, des ententes avec des « diffuseurs » et producteurs de contenu que sont les Twitch, Hulu, Netflix, Vimeo, 20th Century Fox, Lionsgate, Minecraft, Epic Games et cies. Certains films et émissions de télé pourront ainsi être visionnés dans un environnement dédié, baptisé Oculus Cinema, recréant une salle de cinéma virtuelle. Dans le cas de Twitch, en plus de suivre des événements en direct, les utilisateurs pourront les commenter et discuter avec d’autres utilisateurs, sous la forme d’avatars si désirés.

Retenons également, le dévoilement en grande primeur, d’Oculus Touch, une sorte de bracelet-manette permettant de manipuler des objets dans l’espace virtuel et, potentiellement, de se les échanger entre utilisateurs situés à des milliers de kilomètres de distance. Ce qui fait dire à Michael Abrash, Chief Scientist d’Oculus, que nous avons maintenant la chance, pour chacun de nous, de construire notre propre réalité partageable. Une base aux possibilités infinies qui lui fait croire qu’un jour, en se rappelant de ce grand rassemblement de 2015 sur la réalité virtuelle, on pourra affirmer que « c’était le bon vieux temps ».

Sources : Twitch, Road to VR, L’Usine Digitale