La consommation télé : encore des jeunes et des chiffres

Il ne se passe pas une semaine sur terre sans qu’une nouvelle étude soit publiée pour nous faire part des données globales touchant la consommation télé et vidéo. Dans bien des cas, on met l’emphase sur les plus jeunes qui auraient tendance à délaisser l’écoute de la télé traditionnelle pour de nouvelles plateformes et des contenus adaptés à celles-ci. Au final par contre, il devient laborieux de se faire une idée sur les tendances lourdes.

Par exemple, en marge de la « journée mondiale de la télé » (World TV Day – le 21 novembre) on mettait en relief diverses études couvrant une dizaine de pays (dont le Canada, les ÉU, la GB, la France, l’Allemagne et l’Australie) venant exprimer que la télé, malgré toutes les formes de diffusion vidéo, demeure toujours importante pour les jeunes générations (milléniaux ou la génération Y et la tranche d’âge un peu avant).

Sauf qu’en regardant la flopée de chiffres qu’on nous sert, on finit un peu par s’y perdre. Au Canada par exemple, les 18-34 ans auraient une écoute de 2h43 de télé linéaire par jour. Ce qui reviendrait, pour ce groupe, à passer 7,6 plus de temps par semaine à regarder la télé que YouTube (19h versus 2,5h) et 17 fois plus que l’écoute de Netflix (1,1h). Ce qui fait tout de même plus de 20 % de l’écoute de cette génération consacrée à d’autres environnements que la télé traditionnelle, sans compter les nombreux moments passés sur les médias sociaux (plus de 6h par semaine en moyenne).

Dans un autre texte, publié sur le blogue d’une société active dans les services vidéo en ligne, on présente une cartographie de la consommation vidéo. Ce qui permet de faire les distinctions – nécessaires – entre l’écoute linéaire, à la demande, sociale et sur la base d’une création originale par les utilisateurs. On y rappelle également que la part de la consommation télé en ligne (stream) est maintenant plus grande aux États-Unis que l’écoute en directe : 53 % versus 45 %.

On y note surtout la forte appropriation, depuis 2010, des nouveaux modes de consommation par les plus jeunes générations. Ce qui fait que les 18-24 ans consacrent maintenant 37 % moins de temps à la télé traditionnelle qu’ils ne le faisaient il y a cinq ans (28 % moins dans le cas des 25-34 ans).

Donc, beaucoup de chiffres (en heures, pourcentage, moyenne, ratio, etc.) pour nous dire que nos jeunes sont toujours devant la télé, mais moins qu’avant. Au final, on peut encore revenir à ce bon vieux principe que le « contenu est roi » et que peu importe comment il est consommé, l’important est qu’il le soit. Reste quand même un dur moment à passer pour tous ces bons vieux systèmes organisés de diffusion et de distribution basés sur des abonnements, des redevances et de la publicité…

Sources: World TV Day, World Screen, The Video Market In The New Context: Breakdown And Trends

Image : Patrick Leger, The New York Times

Le jeu vidéo au Québec, un succès avéré depuis l’arrivée d’Ubisoft

Je suis probablement parmi les premiers emplois à avoir été créé dans la foulée de la venue d’Ubisoft à Montréal en 1997. À l’époque, un groupe de producteurs et d’entrepreneurs, dont les Alexandre Taillefer, Paul Allard, Louise Guay, Claude Dugas et cie, ont décidé de réagir aux généreux « packages » qu’offraient les gouvernements à l’éditeur français et mettaient sur pied l’Association de producteurs multimédia du Québec (APMQ) en me nommant directeur général.

Près de vingt ans après, force est de constater que la venue d’Ubisoft au Québec est une véritable réussite et a pavé la voie au développement d’un pôle d’excellence parmi les premiers dans le monde.

En marge du Sommet international du jeu vidéo à Montréal, tenu entre le 15 et 17 novembre, plusieurs annonces confirment que le Québec (principalement Montréal, mais avec une présence éloquente dans la ville de Québec) demeure un chef de file en la matière. D’ailleurs, selon la dernière étude publiée par l’Association canadienne du logiciel de divertissement, on dénombre actuellement au Québec pas moins de 139 entreprises en jeu vidéo qui emploient près de 11 000 personnes et génèrent des dépenses de 1,14 G$.

Dans ce contexte, il est bon de noter le dernier effort du gouvernement du Québec de créer un fonds de 15 M$ dédié au développement de propriétés intellectuelles locales dans le secteur du jeu vidéo. En 1997, l’APMQ publiait un plan d’action pour l’industrie du multimédia en favorisant nettement l’aide à l’édition (et au développement de propriétés intellectuelles) plutôt que la simple mise en place de mesures favorisant les services et l’installation de studios dont les bénéfices retournent à l’étranger…

Soulignons aussi cette annonce récente du Groupe Frima, le plus gros éditeur de jeu vidéo au pays à propriété canadienne, et basé à Québec avec plus de 350 employés, d’ouvrir une « succursale » à Montréal. La firme le fait pour des raisons de recrutement dans une perspective de croissance où elle peine à fournir à la demande.

Une industrie qui s’est donc bien développée et qui s’insère de plus en plus dans l’écosystème global de la production de contenus-écrans au Québec, en complément aux secteurs des effets spéciaux, de la production de films et d’émissions de télévision et de contenus interactifs en tous genres. Un tout qui représente plus de 50 000 emplois équivalents à temps plein et un volume d’affaires de plus de 3 G$.

Aujourd’hui, nul ne peut dire que l’arrivée d’Ubisoft en terre québécoise n’était pas une bonne affaire, avec maintenant près de 3000 employés dans ses studios de Montréal et de Québec, et l’effet d’entraînement provoqué dans le secteur. Ubisoft semble tout à fait consciente de son poids et du rôle social qu’elle doit jouer. La firme annonçait d’ailleurs tout récemment la création du programme CODEX. Un retour dans la communauté de 8 M$ sur cinq ans pour encourager la relève et contraindre le décrochage scolaire.

Sources : ALD- Faits essentiels 2015, Fonds de 15M$, Ubisoft – CODEX

Un véritable écosystème autour des YouTubers

Pas moins de 25 000 fans se sont rués, les 7 et 8 novembre, à Paris, pour voir de près leurs idoles du web et de YouTube, dans la cadre de la première édition de Vidéo City. Quelques jours avant se tenait à New York, également en primeur, le Stream Con NYC, un savant mélange, en termes de participation, de fans, de YouTubers et de professionnels des médias et du marketing. Des rassemblements sur les traces de VidCon, la grande messe du genre qui célébrera, en Californie l’été prochain, son 7e anniversaire en présence de dizaines de milliers de participants.

Autant d’activités qui témoignent, sans nul doute, de l’attrait qu’exercent les nouvelles vedettes du web et des médias sociaux, mais aussi de la mise en place d’un écosystème qui régit ces relations privilégiées entre les fans et leurs idoles.

Plus que le nombre de vidéos diffusés et vus, l’attrait développé pour ces nouvelles stars des écrans tient beaucoup dans la manière dont le contenu est produit et ce qu’il véhicule comme nouvelles valeurs. Des contenus qui suscitent toujours la suspicion, ou l’incompréhension, des générations plus vielles face à des jeunes qui se filment à jouer à des jeux vidéos, à parler de leur vécu, de la façon qu’ils (elles) s’habillent, se maquillent, ou à déballer « en direct » divers produits de consommation. Cela, sans compter tous ceux et celles qui misent sur l’humour ou les situations loufoques.

Des prestations de YouTubers offertes à des fréquences régulières, et relayées habilement sur l’ensemble des médias sociaux, qui finissent par créer des liens forts avec leurs communautés. Encore composé de très jeunes auditeurs et admirateurs, il s’agit d’un public de proximité face à des idoles (souvent du même âge) qui incarnent les mêmes valeurs dans la « vie de tous les jours ».

Évidemment, l’argent commence à circuler de plus en plus, autant au niveau des CPM (coût par mille) sur les visionnements que des petits à côté qu’offrent le placement de produits, les mentions sur les posts, les prestations dans les autres médias (livre, radio, télé, etc.) ou la présence dans ces meet-up spécialisés. Et qui dit argent, dit aussi intermédiaires que sont notamment les MCN (Multi Channel Network) qui représentent les YouTubers, regroupent en thématiques leurs chaînes et vendent aux marques, moyennant 30 à 55 % des revenus, des vues ou autres expositions.

Une façon de faire qui prend racine au Québec, avec les agences que sont les Goji (Québécor) ou Slingshot (Attraction média), alors qu’aux États-Unis ou même en France, les Maker, Fullscreen, Bagel ou Finder sont déjà (trop ?) bien établis. Un écosystème qui se met donc en place et qui sera notamment au cœur des discussions de la prochaine édition de la conférence Bientôt sur nos écrans au printemps 2016.

Source : Méta-Média, Le Monde, Vidéo City

De Montréal à Viceland

On le dit souvent, mais ça vaut la peine de le répéter : Vice Media, qui est la nouvelle coqueluche des médias américains est né à Montréal, sous la forme d’un magazine, grâce à une subvention de 25 000 $ du gouvernement péquiste de l’époque. 20 ans plus tard l’entreprise, maintenant basée à New York, est valorisée à 2,5 G US$, après l’investissement récent de 200 M US$ du groupe Walt Disney.

De l’imprimé, Vice s’est répandu au fil des ans dans de multiples facettes d’une information audacieuse, parfois irrévérencieuse, pour une jeune clientèle qu’on évaluait à plus de 60 millions en septembre dernier. Avec une présence dans une trentaine de pays, l’entreprise devrait réaliser un chiffre d’affaires de 1 G US$ en 2015-16. Au-delà des textes et des vidéos, que le groupe produit à profusion (avec pas loin de 900 millions de vues sur YouTube), c’est maintenant du côté de la télévision que Vice Media se développe et se valorise auprès de ses nouveaux partenaires (outre Disney, A&E Networks et 21st Century Fox sont aussi actionnaires).

Après l’annonce et le lancement de quelques chaînes télé, dont une au Canada en partenariat avec Rogers Communications, Vice pousse à fond sa présence sur le petit écran, 24 heures par jour, avec la création de Viceland, une chaîne câblée qui prend la place de H2 (dérivé de History). Pas moins de 70 millions de foyers américains pourront dorénavant apprécier le style Vice, avec une programmation assumée par le réalisateur Spike Jonze.

À titre d’exemple, la nouvelle chaîne proposera des séries comme Gaycation, animée par la comédienne Ellen Page et qui traite de la condition des homosexuels, bisexuels et transgenres, ou une série comme Weediquette qui explore l’univers du cannabis.

Pour le grand manitou aux commandes de Vice, Shane Smith, cette nouvelle initiative n’est qu’un des jalons d’une expansion internationale qui devrait prendre forme dans les 18 prochains mois. En plus d’affirmer une présence continue auprès de leur clientèle cible, Viceland devrait également permettre, selon Smith, de tester de nouvelles stratégies de monétisation dans un monde où la publicité télé change rapidement.

Quand même pas si mal pour un magazine alternatif né à Montréal dont la valeur dépasse maintenant celle du New York Times.

Sources : Vice, Le Figaro, La Presse, The Hollywood Reporter