Netflix «original» à bien des points de vue

Le grand patron des contenus de Netflix, Ted Sarandos, vient d’annoncer que sa firme va doubler le nombre de séries originales en 2016. On parle de 31 projets comparativement à 16 cette année. Une stratégie qui, malgré des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars, semble de toute évidence rapporter dans cette course folle d’accaparer de larges auditoires au niveau mondial.

Même avec quelque 70 millions d’abonnés dans le monde, dont plus de 4 millions au Canada, Netflix n’est apparemment pas du tout rassasiée. Présente dans plus de 80 pays, la firme américaine compte étendre sa présence à 200 pays d’ici la fin de l’an prochain. Un des enjeux de vouloir devenir un joueur global est lié à la question des droits que les studios accordent généralement par territoires. En développant ses propres séries, Netflix s’assure d’avoir les coudées franches. L’exemple d’une série originale comme Narcos est éloquent : production tournée en espagnol, en presque totalité en Colombie, produite par Gaumont, et diffusée en simultanée à tous les abonnés du service.

Outre une offre de contenu dont la qualité est de plus en plus reconnue dans divers concours et remises de prix, le caractère original de Netflix tient aussi beaucoup par la simplicité de ses interfaces (sur ordinateur, tablettes et autres plateformes), la facilité et la fluidité de son utilisation (sans pauses publicitaires), de même que la robustesse de ses serveurs. Par expérience personnelle, il est rare à la campagne, avec une connexion internet moyenne, que le flux de diffusion s’arrête, alors que ce n’est pas le cas avec d’autres services de vidéo en ligne.

C’est certain qu’une telle approche basée sur une expérience client positive laisse des séquelles un peu partout. Le Québec n’y échappe pas, et ce, malgré la « barrière » de la langue et la qualité de notre production locale. Pierre Dion, président et chef de la direction de Québecor, fustigeait récemment Netflix pour ne pas financer à sa juste part les réseaux de télécommunication canadiens en raison d’une utilisation majeure de ceux-ci par ses abonnés. Avec des pointes de plus du tiers des données en transit générées par la consommation de Netflix, il y a de quoi réclamer. Mais il n’en demeure pas moins qu’on est de plus en plus dans une logique d’offre de contenu de qualité, de calibre international, accessible facilement, que dans des dimensions d’utilisation « inappropriée » de tuyaux.

Et le jour où on exigera à Netflix de débourser, via une taxe, redevance ou autres, pour son utilisation des réseaux, le pas à franchir n’est pas grand pour demander (à nouveau) à ces fournisseurs d’accès internet de contribuer à leur tour au financement des contenus canadiens qui transitent par leurs réseaux et qui justifient que l’on paye des dizaines de dollars par mois pour y avoir accès…

Sources : Wired, La Presse+, Les Affaires

La découvrabilité des contenus, un enjeu et un paradoxe de taille

En se défendant bien de vouloir réglementer la découverte (ou découvrabilité) de contenus canadiens, le CRTC, en collaboration avec l’ONF, a organisé cette semaine (le 1er et 3 décembre) deux rencontres préparatoires, à Vancouver et à Montréal, pour le Sommet de la découvrabilité qui va se tenir en mai prochain à Toronto.

Il semble bien que nous soyons passés dans un système où l’offre de contenus, canadiens et autres, ne soit plus un défi en soit. Le véritable enjeu est plutôt de pouvoir, au travers de millions de propositions, trouver des contenus pertinents et, pourquoi pas, faits ici sur la base de référents culturels qui nous interpellent.

Les organisateurs ont donc réuni, plus ou moins à huis clos, un certain nombre d’experts dans chacune des villes pour préparer le terrain à la grande messe du printemps prochain. On pense entre autres, pour Vancouver, à Ling Lin de YouTube Canada, à Ashkan Karbasfrooshan de Watchmojo (basé à Montréal) ou à Tessa Sproule de Vubble (ex-directrice des services numériques de CBC). Pour la séance de Montréal, on retrouve parmi les intervenants Sylvain Lafrance des HEC Montréal, Jean-François Gagnon de LVL ou Suzanne Lortie de l’École des médias de l’UQAM.

Sans encore présumer des résultats des discussions, on devine sans peine qu’on a parlé des moteurs de recherche, des algorithmes et des diverses interfaces sur les téléviseurs, ordinateurs, tablettes, téléphones et autres qui nous permettraient d’être exposés plus favorablement à des contenus qui nous séduisent.

Toutefois dans cet univers d’abondance, se développe le paradoxe d’une relative insatisfaction par rapport à l’offre télévisuelle. Deux choses l’une : ou l’on n’arrive pas à trouver ce qui devrait correspondre tout à fait à nos besoins; ou devant tant de choix, l’expression même de nos goûts et préférences devient de plus en plus floue. Un peu comme les relations amoureuses, subordonnées aux sites, applications et engins de rencontres, qui font en sorte qu’on multiplie presque à l’infini les critères de choix et les flirts potentiels, sans pour autant trouver la véritable âme sœur.

Il est évident que l’on doit s’interroger sur une plus juste adéquation de l’offre et de la demande en télévision, dans un contexte où les coûts de production deviennent, dans certains cas, prohibitifs par rapport au potentiel d’écoute. Il est quand même utile de mentionner que des millions d’heures de loisirs-écrans sont de plus en plus consacrés à des nouvelles propositions de contenu, sur le web, les consoles de jeu ou les sites de partage vidéo à la YouTube, bien loin de l’univers narratif de nos bons vieux téléromans du lundi soir…

Sources : Sommet de la découvrabilité, Le Devoir, La Presse