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La télé spécialisée face au libre-choix des abonnés

Les chaînes spécialisées font partie de notre écosystème publicitaire et de production de contenus-écrans depuis plusieurs années déjà. Seulement au Québec, elles génèrent des revenus de plus de 650 M$ en accaparant près de 45 % de l’écoute.

De quoi permettre d’investir dans la production tout en donnant un bon rendement aux propriétaires de celles-ci (25 % de marge bénéficiaire en moyenne en 2013-2014 et des profits de 45 M$ pour RDS et de 22 M$ pour Canal D).

Toutefois, depuis le 1er mars, les Canadiens peuvent s’abonner à un forfait de télévision de base à un coût maximal de 25 $ par mois. Ils pourront également, à compter du 1er décembre 2016, choisir des chaînes individuelles ou de petits forfaits pouvant compter jusqu’à 10 chaînes.

Pour les tenants d’un système bien régulé, qui permet à ses diverses composantes de survivre et de voir venir les coups à moyen et long terme, il s’agit là d’une mesure au goût amer. Car, il faut préciser que près de 70 % des revenus des chaînes spécialisées sont constitués de redevances (deux fois plus qu’en 2003), versées à mêmes les abonnements perçus par les câblos et les satellitaires.

Pour l’instant, le tsunami annoncé par certains ne s’est pas déclenché. Le consommateur n’étant pas très proactif à chambarder ses forfaits télé (souvent bundlés avec ses services internet et de téléphonie et relativement complexes à départager).

La prochaine vague de déménagement (début juillet) pourrait cependant marquer les premiers effets « pernicieux » de cette nouvelle politique. En changeant d’adresse et, potentiellement de fournisseurs, plusieurs auront peut-être intérêt à revisiter leurs services de base.

Évidemment, les chaînes les plus à risques de voir leur clientèle se désabonner sont en soi les plus nichées avec une popularité bien en deçà de 1% de la part d’écoute. Il faut aussi comprendre que sur la trentaine de chaînes spécialisées au Québec, une vingtaine est dans le giron de nos deux poids lourds des médias que sont les Québécor (Groupe TVA) et Bell Média. Les sept-huit autres étant exploitées par Corus Média (Historia, Séries +, Télétoon, Télétoon Rétro), V (MusiquePlus, MusiMax) et Groupe Serdy (Évasion, Zeste).

Le libre-choix que veut favoriser le CRTC tient d’une logique qui se vaut dans un monde où l’offre, en termes de programmation et de voies de distribution, est de plus en plus vaste et accessible. Comme plusieurs contenus télévisuels se retrouvent sur les réseaux en ligne, pourquoi alors pénaliser ceux qui s’abonnent à des services de câbles ou satellitaires avec des forfaits imposant des chaînes qu’on ne consomme pas.

Mais cette logique signifie également de laisser libre cours au développement des services de contournement (les OTT à la Netflix, Tou.Tv Extra, Crave.TV, shomi et autres). À coup de 9,99 $ par mois, on aura tôt fait de payer 40 à 50 $ pour avoir accès à quelques offres spécialisées. À peu près le coût moyen du câble, mais avec peu ou pas de retour dans notre écosystème publicitaire et de production de contenus-écrans…

Sources : Le centre d’études sur les médias, La Presse, CRTC